Réussir et terminer un trail longue distance, c'est autant un exploit physique et mental. Et l'un ne peut aller sans l'autre pour venir à bout des mètres
dénivelés qui n'en finissent pas de s'enchaîner et de ces kilomètres que l'on croit toujours plus longs qu'ils ne le sont. Sur trail longue distance, ses chances de réussite sont déterminées à
40% par le mental, 40% par le physique et 20% par les paramètres extérieurs imprévisibles (météo, chute, mauvaise organisation...) auxquels il faut s'adapter pour déjouer les pièges de ce type
d'épreuve en pleine nature.
C'est pourquoi une gestion mentale parfaite d'un tel effort est indispensable pour réussir Cde tels périples. Voici les grands principes a respecter afin d'éliminer le plus possible tous les
facteurs de stress qui pourraient inévitablement transformer cette aventure en galère puis en abandon et mettre a mal les plus belles déterminations.
AVOIR UNE VISION POSITIVE DE LA COURSE
Malgré le caractère démesuré de telles épreuves supposant de 18 à plus de 40 heures de course et de marche, il est essentiel de développer une image positive de l'épreuve. Il ne s'agit pas d'un
chemin de croix ou d'une marche sur le feu, il s'agit d'une aventure consentie, certes difficile, mais dont on est seul responsable. Il faut donc positiver la vision que l'on a de cette course en
occultant ce qui peut irriter dans ce type d'épreuves (les faux aventuriers, les contraintes liées au sponsoring, la mégalomanie d'un organisateur... ) pour rester concentré sur l'essentiel,
c'est à dire MA course. Il faut se recentrer sur les aspects positifs d'un tel périple les paysages traversés, la progression de nuit et ses sensations inoubliables, la découverte d'un pays, les
rencontres possibles. Et se dire en permanence pourquoi pas moi
Par ailleurs, il faut éviter à tout prix de courir en réaction négative contre quelqu'un ou quelque chose. Il faut tenter une telle aventure pour soi et rien que pour soi.
ENVISAGER TOUS LES CAS DE FIGURE AINSI QUE TOUS LES PROBLEMES EVENTUELS
On ne peut venir à bout d'un grand raid
que si l'on a au préalable envisagé tous les problèmes possibles. Au niveau de l'entraînement pour arriver a un juste équilibre avec ce qu'il est raisonnable de supporter comme charge. Au niveau
de sa vie professionnelle afin que la fatigue et la dépendance psychologique engendrées par un tel projet ne viennent pas ternir votre rythme, votre enthousiasme ou vos capacités de travail. Au
niveau de sa vie familiale pour que ce projet soit accepté de tous sans nuire a l'équilibre familial.
Vous devez ensuite préparer au mieux votre matériel de course (chaussures, sac, vêtements, frontale, nourriture énergétique) ainsi que votre voyage (avion,
hôtel, location voiture). Pour le jour de la course, tout doit être organisé de façon méthodique dans des caisses pour trouver très facilement ce dont on a besoin en prévoyant toujours plus que
moins. Etablissez un timing horaire en se gardant toujours une marge de sécurité (arriver tôt sur la ligne de départ, repérer la zone départ et les routes accès si possible la veille).
Sur le plan médical, il faut envisager tous les petits bobos possibles et constituer sa trousse de première urgence en conséquence avec l'aide d'un médecin
(attention aux produits inscrits sur le tableau B).
S'ENTOURER D'UNE ASSITANCE EN QUI ON A CONFIANCE
Si vous participez à un trail longue distance accompagné d'une assistance personnelle, il est important de constituer une équipe avec laquelle vous allez vous entendre parfaitement. La bonne
humeur doit régner entre chaque assistant et entre les accompagnateurs et le coureur. Les rôles ne doivent pas s'y inverser, c'est a dire que le coureur doive supporter son
assistant.
Le rire, les bons mots, la fraternité doivent être le fil conducteur d'une très longue journée pour donner l'espoir, pour chasser les mauvaises idées et
repousser le doute, la fatigue et les intentions d'arrêter. Le raid doit s'accomplir avec une notion de partage entre chacun avec l'idée d'une belle fête et d'une bonne bouteille de l'amitié le
soir à l'arrivée.
FAIRE SUPPORTER LE MOINS DE CONTRAINTES A SON ENTOURAGE
La préparation à un trail longue distance suppose un entraînement long et parfois fastidieux. Il est donc important d'évoluer dans un milieu familial où cet effort et ces contraintes seront
consentis et acceptés par tous. Il ne faut pas agir en égoïste et ne penser de façon obsessionnelle qua sa "grande" course. Il faut savoir tourner la page après chaque entraînement et chaque
sortie longue pour ne pas mettre tout son entourage a la sauce grand raid. Il ne faut pas vivre dans sa bulle pendant une année sous prétexte que l'on va courir une épreuve d'exception. Il faut
continuer à "vivre" en cherchant justement toutes les sources de dérivatif pour ne pas penser qu'à cette course.
SE VISUALISER EN FRANCHISSANT LA LIGNE D'ARRIVEE
Il s'agit d'une méthode proche de la sophrologie où l'on tente de visualiser des images positives de la course en envisageant un déroulement positif de celle-ci. Il faut s'imaginer franchir la
ligne d'arrivée, l'étreinte dans les bras de sa femme ou la franche poignée de main avec son assistant, le regard de ses enfants avec lesquels on termine le dernier tour de piste. Ce sont des
sensations fugitives d'une victoire personnelle qu'iI faut mémoriser mentalement afin de pouvoir se repasser les images de ce film pour chasser les moments de doute lorsque la nuit est aussi
sombre que ses pensées.
A l'inverse, il ne faut jamais verser dans l'euphorie. A tout moment, les sensations peuvent basculer. Il faut rester très concentre pour ne pas laisser monter
l'adréanaline dans des moments jubilatoires. La course ne se termine que sous la banderole. Une chute, une crampe, une contracture sont très vite arrivées.
ARRIVER LE JOUR J EN PARFAIT ETAT DE FRAICHEUR PHYSIQUE ET MENTALE
C'est la clef numéro un de la réussite.
On peut avoir pense a tout et évoluer dans un parfait cocon mais si vous n'y arrivez pas frais mentalement et physiquement, vous courez inévitablement vers l'echec. Donc prudence dans les trois
dernières semaines ainsi que dans les derniers jours. Il n'est plus temps de se rassurer par des sorties trop longues qui attaqueront votre capital, Faites le plein de sommeil et surtout, pensez
à autre chose. Allez au cinéma, louez des vidéos, invitez des copains qui ne sont pas coureurs, jouez avec vos enfants.
NE PAS SE SURESTIMER ET BIEN MESURER LA PERFORMANCE QUE L'ON PEUT REALISER
Bien évaluer ses points faibles et ses
points forts.
Il est essentiel de bien définir ses propres objectifs en déterminant avec réalisme le temps et/ou la place que l'on souhaite réaliser. L'analyse des anciens résultats permet de se situer
potentiellement par rapport à des coureurs dont on connaît le niveau. En sachant cependant qu'un grand raid fait appel à des notions mentales que certains coureurs gèrent mieux que d'autres (les
fameux 40%), qui permettent à certains de mieux repousser les seuils d'acceptation de la douleur, de la fatigue et du sommeil.
S'il s'agit d'une première expérience, il est impératif de viser bas et faire preuve de modestie pour ne pas être déçu. Etre bon sur marathon, 100km ou sur
trail moyenne distance ne garantit pas de réussir sur longue distance. Au contraire, cela peut conduire à mal appréhender tous les paramètres de course. Il faut savoir écouter les "anciens" et
faire preuve de pragmatisme.
SE DIRE QUE L'ON A DE LA CHANCE DE DISPUTER UNE TELLE EPREUVE
Un entraînement qui saute, une sortie longue
écourtée, un petit bobo qui gâche une semaine de préparation, un enfant qui pleure la nuit et qui écourte les nuits... mais aussi une météo capricieuse le jour de la course, une panne de
frontale, une bretelle de sac qui ne tient pas serrée, son suiveur qui arrive en retard... ou encore une performance inférieure à celle espérée... tout ces petits désagréments sont mineurs si on
les compare à la détresse du monde. On ne doit jamais oublier que l'on a une chance extraordinaire d'accomplir avec ses deux jambes et toute sa tête une telle aventure lorsque la moitié de la
planète donne toute son énergie a se nourrir ou a défendre ses libertés. Alors qu'est ce que dix heures à galérer dans un chemin, la nuit avec une frontale défaillante... ?




